Le joli mois de mai 1968 : épisode 5

Episode 5 : Président, Premier ministre et Assemblée nationale montent  en première ligne.

 Mercredi 15 mai, la contestation gagne les usines, et Renault-Cléon est occupée, le 7 il y aura 300  000 grévistes et ils seront deux millions le 18  et six millions le 20. Ce 15 mai, le théâtre de l’Odéon est occupé devant Jean-Louis Barrault, impuissant.

Jeudi 16 mai, le Premier ministre s’exprime à la télévision et s’adresse aux Françaises et aux Français : « J’ai libéré les manifestants arrêtés. J’ai annoncé une amnistie totale. Mes appels n’ont pas été entendus de tous. Des groupes d’enragés … se proposent de généraliser le désordre avec le but avoué de détruire la Nation et les bases mêmes de notre société libre. Le Gouvernement doit défendre la république. Il la défendra. … Le Gouvernement fera son devoir. Il vous demande de l’aider. »

Vendredi 17 mai, les étudiants veulent rentrer dans les usines Renault de Boulogne, mais les militants CGT les en empêchent. Mais les occupations d’usine prolifèrent et près d’un million d’ouvriers seraient grévistes.

Samedi 18 mai, le Président de Gaulle est de retour de son voyage en Roumanie ; dans la journée, Waldeck Rochet avait déclaré qu’il était grand temps d’en finir avec ce pouvoir et qu’il «  était temps de prévoir la constitution d’un gouvernement populaire et d’union démocratique  »

Selon l’Amiral Flohic, aide de camp du Président, et dans l’ouvrage de Jean Lacouture précité, «  En rentrant le Général avait le sentiment qu’il n’embrayait plus sur rien :’Le gouvernement donne des ordres et il n’en rend pas compte. Je donne des ordres et il n’en tient pas compte.’ »

Dimanche 19 mai, conseil de guerre à l’Elysée  avec le Président, le Premier ministre, le ministre de l’intérieur Fouchet, le ministre des armées Mesmer, le ministre de l’information Gorse, le préfet de police Grimaud. Le Président déclare « Ce qui se passe aujourd’hui a assez duré. Cette fois c’est la chienlit, c’est l’anarchie, c’est intolérable. Il faut que cela cesse. On évacue l’Odéon aujourd’hui, et demain la Sorbonne.  » Pour l’ORTF, il demande au ministre de l’information «  de reprendre les choses en mains et de mettre les trublions à la porte » ; enfin il est chargé de faire connaître la formule du Président : «  La réforme, oui, la chienlit, non  ».

Mardi 21 mai, le ministre de l’Intérieur, Christian Fouchet, prend un arrêté d’interdiction de séjour en France de Daniel Cohn-Bendit, reparti en Allemagne. Par ailleurs la grève générale a pour conséquence une pénurie d’essence qui entraine des rationnements dans certains départements.

Mardi 21 et mercredi 22 mai, l’Assemblée nationale discute d’une motion de censure déposée par l’opposition. François Mitterrand, président de la FGDS, demande la dissolution de l’Assemblée et de nouvelles élections et déclare «  Vous avez tout perdu, il faut que vous partiez  » la motion de censure est repoussée car elle n’obtient que 233 voix (il en aurait fallu 244, la chambre comportant 487 députés), mais Edgar Pisani, ancien ministre de l’agriculture, et 34 centristes du groupe Progrès et Démocratie Moderne, de Jacques Duhamel, sur 42 ont voté la censure.

Georges Pompidou écrit dans Pour rétablir une vérité : «  Vint ensuite la motion de censure… Comme toujours dans les heures dramatiques, le Palais-Bourbon se réduisait au rôle de théâtre d’ombres, où quelques figurants échafaudaient fiévreusement des combinaisons reposant sur l’élimination de mon gouvernement.  »

Jacques Chaban-Delmas, dans ses Mémoires pour demain, écrit : « . La motion de censure le 22 mai fut repoussée de justesse par 244 voix contre 233, un certain nombre de votes majoritaires étant passés à l’opposition. »

Mercredi 22 mai, est aussi jour de Conseil des ministres et le Président informe que le 24, dans une allocution radiotélévisée il annoncera un référendum… sur proposition du gouvernement …

Ce 22 mai, pour protester contre l’interdiction de séjour des étudiants, les étudiants manifestent sur le boulevard Saint-Michel et marchent vers le palais-Bourbon ; les incidents dureront jusqu’au matin et ils reprendront le 23 mai avec des groupuscules violents : il y aura de nombreux blessés.

 

Source : Gérard Petitpré : Les Trente glorieuses de la Vème République (1958-1988)