Le joli mois de mai 1968 : épisode 4

Episode 4 : « 10 ans, ça suffit… »

Le 13 mai 1958, à Alger, les généraux prennent le pouvoir et  créent un Comité de salut public, réclamant le retour au pouvoir du Général de Gaulle, seul capable de sauver l’Algérie française. Dix ans plus tard, la donne a changé et les partis de gauche et syndicats entendent fêter à leur manière cet anniversaire. Une espèce de « fête à de Gaulle »…

 

Le lundi 11 mai 1968, à la Mutualité, les trois centrales syndicales, CGT, CFDT, FEN, ont décidé le principe d’une grande manifestation.  Le SNES-Sup de Geismar, et l’UNEF de Sauvageot décident de s’y associer, ainsi que les partis de gauche.

 

Un mercredi 13 mai, sous le signe de « 10 ans, ça suffit ».

Le matin les étudiants avaient de nouveau occupé La Sorbonne.

A Paris, la manifestation réunit selon les sources de 250  000 à 1000 000 de personnes.

Le cortège part de la place de la République, pour se diriger vers la place Denfert Rochereau  : en tête, les étudiants menés par le «  Trio infernal  »  : Cohn-Bendit, Geismar, Sauvageot  ; derrière les organisations syndicales ouvrières avec Georges Seguy (CGT) et Georges Descamps (CFDT)  ; en fin de cortège, les politiques qui tentent de récupérer un mouvement qu’ils n’ont pas su anticiper  : Guy Mollet (SFIO, car le PS ne sera créé qu’en 1969), François Mitterrand, Pierre Mendès-France, Waldeck Rochet ( secrétaire général du PC, qui sera en 1969, candidat à la présidentielle)… La manifestation se déroule dans le calme. Et les villes de province n’échappent pas à ces défilés unitaires, massivement suivis aussi.

Le 13 mai au soir, la Cour d’Appel de Paris décide la mise en liberté provisoire des quatre étudiants condamnés.

Ce même 13 mai, salle Pleyel, François Mitterrand déclare : « Vous avez assisté cet après-midi à un réflexe de bonne santé du pays. Il faut que la gauche sache être plus qu’une sorte de musée pour grands souvenirs, mais plutôt un lieu où la jeunesse puisse se retrouver. » C’était à l’occasion d’une conférence portant sur le thème «  Le 13 mai, dix ans après », préparée et annoncée depuis longtemps, bien avant les évènements.

Selon Michel Jobert, le Premier ministre Pompidou lui aurait dit «  Ce serait comique qu’ils nous foutent en l’air un 13 mai. »

 

Jeudi 14 mai :

Le Président de Gaulle décide d’aller en Roumanie, le déplacement officiel est prévu de longue date. Il doit y rencontrer le Président Ceausescu, qui sera fusillé avec sa femme Elena, le 25 juillet 1989, après un procès «  expéditif  ».

Le Premier ministre Pompidou fait une déclaration à l’Assemblée nationale pour expliquer la situation : «  Je ne peux pas ne pas souligner le rôle, en pareil cas difficilement évitable mais néfaste, des radios qui, sous réserve d’informer, enflammaient, quand elles ne provoquaient pas. Entre la diffusion du renseignement et la complicité, entre le souci de recueillir les explications des manifestants et l’appel à la manifestation, il n’y a qu’un pas et qui fut franchi parfois allègrement. (…) Certains ont beaucoup parlé de violences policières. Dans de tels affrontements, on n’évite pas la violence. Mais je tiens à rendre hommage au sang-froid dont firent preuve nos forces de police (…) N’avoir à déplorer aucune victime, cela paraît naturel après coup. Mais lors d’affrontements de cette importance, que ne pouvait –on craindre ? »

Puis le Premier ministre se félicite de « la fermeté et de l’humanité du préfet de police » ainsi que de l’attitude des dirigeants des organisations représentatives d’étudiants, dont l’UNEF « qui ont cherché à écarter les provocations des extrémistes. »

 

(Source : Gérard Petitpré : Les Trente Glorieuses de la Vème République : 1958-1988)