Le joli mois de mai 1968 : épisode 2

Episode 2 : Que la fête commence, entre manifs et dépavages

Poursuite de notre Saga sur le joli mois de mai 1968, qui succède à la première Saga sur Le joli mois de mai 1958.

Mercredi 1er mai 1968, les syndicats ouvriers refusent les étudiants dans les manifestations « Les fils à Papa, au boulot »; la méfiance est de mise, notamment à la Confédération Générale du Travail, CGT, de Benoît Frachon.

Jeudi 2mai, le Premier ministre Pompidou part en déplacement officiel en Iran et Afghanistan et c’est Louis Joxe, ministre de la Justice, qui assure son intérim ; par ailleurs le ministre de l’Education nationale est Alain Peyrefitte et Christian Fouchet est celui de l’Intérieur. Le préfet de police Maurice Grimaud a remplacé en 1967, un autre Maurice, Maurice Papon.

Ce même jeudi 2 mai, interruption des cours par les contestataires pour protester contre la convocation de huit des leurs en conseil de discipline pour être expulsés ; le doyen de la faculté de Nanterre, Pierre Grappin, demande à la police de faire évacuer la faculté. Les cours sont suspendus

Vendredi 3 mai, les manifestants de Nanterre se rendent à La Sorbonne et occupent la cour où ils tiennent meeting ; ils veulent tenir meeting dans un amphi, malgré l’interdiction du recteur Roche. Celui-ci demande à la police leur évacuation. Parmi les arrestations : Daniel Cohn-Bendit et Jacques Sauvageot, qui est depuis la mi-avril, vice-président de l’UNEF: l’Union Nationale des Etudiants de France. L’agitation gagne le quartier latin et les heurts sont violents entre manifestants et policiers. Maurice Grimaud, dans son ouvrage En mai, fais ce qu’il te plaît, écrit:« C’est dans ces accrochages que l’on vit pour la première fois voler contre les policiers et contre leurs véhicules les pavés arrachés à la chaussée. C’est ce jour- là que la police fit, pour la première fois aussi, un usage intensif de grenades lacrymogènes. »

Samedi 4 et dimanche 5 mai, treize étudiants passent aux audiences de flagrant délit et quatre d’entre eux écopent de prison ferme; Cohn-Bendit et Sauvageot ne sont pas inquiétés, malgré la demande de Louis Joxe qui voulait conserver Cohn Bendit en garde à vue jusqu’au lundi 6, date de sa comparution en commission de discipline. Le leader du SNEP-sup, Alain Geismar, lance un appel à la grève générale dans les universités.

Au soir du 5 mai, sont apparus les trois leaders des évènements de mai : Que la fête commence…

Lundi 6 mai, les « Enragés » de Nanterre sont convoqués en commission disciplinaire, à La Sorbonne, par le Recteur Roche et Cohn-Bendit réussit à entrer ; mais la décision les concernant est ajournée ; l’après- midi commencent les accrochages sérieux, place Maubert et boulevard Saint-Michel ; le soir les heurts sont très violents, des voitures sont renversées, les chaussées dépavées pour devenir des projectiles…millier de blessés, environ cinq cent arrestations. Bernard Tricot a une expression qui mérite d’être citée : « Ce fut le temps où les pavés sortaient du sol et où les rues du quartier latin sentaient le gaz lacrymogène. »

Mardi 7 mai, nouvelle manif en fin d’après-midi, Place Denfert Rochereau pour demander la libération des étudiants emprisonnés et l’évacuation par la police de de la Sorbonne. Plus de 10 000 étudiants manifestent, selon la police, et ils sont 20 000 en arrivant en haut des Champs-Elysées et la place de l’Etoile à 22 heures où ils chantent l’Internationale… Retour au Quartier latin dans la nuit et de nouveau des heurts très violents.

 

« Christian Fouchet fut très irrité de cette incursion des manifestants sur la rive droite… à proximité de la résidence du chef de l’Etat. » (Maurice grimaud, précité).

Mercredi 8 mai, en Conseil des ministres Alain Peyrefitte, ministre de l’Education nationale et Christian Foucher, ministre de l’intérieur font état d’une situation très délicate. Pendant ce temps-là, le Premier ministre Pompidou est en Afghanistan depuis le 2 mai et trois ministres sont sur le terrain: Alain Peyrefitte, Christian Foucher à l’Intérieur et Louis Joxe à la Justice (il est le père du socialiste Pierre Joxe, ancien ministre de l’Intérieur, de la Défense et ancien membre du Conseil Constitutionnel de 2001 à 2010).

Pour ces trois -là, la fête ne fait que commencer aussi …

De son côté le Premier ministre prône par téléphone la fermeté et le Président de Gaulle reste silencieux.

Jeudi 9 mai, Alain Krivine tient à la Mutualité un meeting, avec la Jeunesse Communiste Révolutionnaire, la JCR, qu’il a créé en avril 1966, après avoir été exclu Parti Communiste.

Ils veulent dénoncer la guerre au Vietnam, dans laquelle le Président Johnson engage les Américains en 1964. Daniel Cohn-Bendit y prend la parole et déclare que Nanterre et Sorbonne seront réoccupées dès leur ouverture.

(Source : Gérard Petitpré : Les Trente Glorieuses de la Vème République : 1958-1988)

A suivre : Episode 3 : Voici venu le temps des barricades…