Georges Pompidou est élu Président de la République

Petit rappel historique :

Le 27 avril 1969, a lieu le référendum sur la régionalisation et la rénovation du Sénat. Le taux de participation est très élevé : 80 %. Le « Non » l’emporte avec 53,17 % des suffrages et le peuple Français a donc rejeté le référendum. Le Président de Gaulle en tire les conséquences.

Le 28 avril 1969, à environ 0 h 30, communiqué bref du Président de Gaulle à l’AFP : « Je cesse d’exercer mes fonctions de Président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi. »

Le Président du Sénat Alain Poher assure l’intérim et les fonctions de Président de la République.

L’Art 7 Cion stipule « Le scrutin pour l’élection du nouveau Président a lieu, sauf cas de force majeure constatée par le Conseil constitutionnel, vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus après l’ouverture de la vacance », soit à compter du 28 avril.

Selon ce même Art 7 Cion, le scrutin pour l’élection présidentielle « est ouvert sur convocation du Gouvernement ».

Le 2 mai 1969, le Conseil des ministres, présidé par le Président Poher, fixe le scrutin aux 1er et 15 juin 1969, sur rapport du ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin.

Le 28 avril 1969, Georges Pompidou écrit au Général de Gaulle pour l’informer de sa candidature : « Quelle qu’ait pu être ma conviction que les évènements me conduiraient un jour à poser ma candidature à la présidence de la République – et vous me l’aviez confirmé en juillet – je n’imaginais ni que l’heure viendrait si tôt, ni surtout dans de telles conditions […] Maintenant j’entre dans une autre bataille qu’il me faut gagner […] Je voudrais espérer que lorsque des décisions importantes seront en jeu, vous accepterez de me guider dans une tâche qui pour moi n’a de sens que dans la ligne que vous avez tracée. »

 

Les 7 candidats à l’élection présidentielle de 1969 :

Le 29 avril, sans attendre la réponse du Général de Gaulle, Georges Pompidou, 58 ans, se déclare candidat de son bureau de Latour-Maubourg (où il s’est installé dès son départ de Matignon) à Paris ; Georges Pompidou utilise un simple communiqué : « On ne succède pas au Général de Gaulle. Ce que je fais, je le fais par devoir. Je ne me réclame d’aucun parti ».

Le 4 mai, Gaston Deferre, 59 ans, est investi au Congrès d’Alfortville par le nouveau Parti socialiste d’Alain Savary. Il forme un ticket “à l’américaine” avec Pierre Mendès-France.

Le 5 mai, Michel Rocard, 39 ans, est investi par le PSU (Parti socialiste unifié).

Le 6 mai, Jacques Duclos, 73 ans, annonce sa candidature au titre du Parti communiste français; le 7 mai la CGT déclare ne soutenir personne mais rejette tous les candidats à l’exception de Jacques Duclos.

Ce même 6 mai, Alain Krivine, 27 ans, est désigné candidat par la Ligue communiste révolutionnaire, mouvement d’extrême gauche trotskyste crée en avril 1968. Sa candidature pose problème car il est à l’époque “sous les drapeaux” à Verdun et non dégagé des obligations militaires ; mais le Conseil constitutionnel estime qu’étant au service militaire, il a bien satisfait aux obligations du service militaire.

Le 12 mai, Alain Poher, 60 ans, Président par intérim, se déclare candidat ; il a notamment le soutien du Centre national des indépendants d’Antoine Pinay et du Centre démocrate de Jean Lecanuet.

Et de nouveau, une candidature atypique : Louis Ducatel, 67 ans, entrepreneur « Je suis un homme comme vous ».

 

Résultats du premier tour le 1er juin 1969 :

Sur 29,5 millions d’inscrits sur les listes électorales, l’abstention s’élève à 22,4 % et les blancs ou nuls représentent 1,3 %.

Georges Pompidou obtient 44,47 % des suffrages exprimés, Alain Poher, 23,31 %, Jacques Duclos, 21,27 %. Gaston Deferre 5,01 %, Michel Rocard 3,61 %, Louis Ducatel 1,27 % et Alain Krivine, 1,06 %.

Pour l’anecdote, le Général de Gaulle ne revient pas d’Irlande pour voter. Il donne procuration à la femme de chambre de La Boisserie, sa maison à Colombey.

Jacques Duclos qui a frôlé le second tour refuse de choisir entre Georges Pompidou et Alain Poher ; il parle de “Bonnet blanc et blanc bonnet” et prône l’abstention, tout comme l’extrême gauche. Louis Ducatel se désiste en faveur de Georges Pompidou.

 

Résultats du second tour le 15 juin 1969 :

Le second tour, le 15 juin 1969, est marqué, comme l’on s’y attendait, par une forte poussée de l’abstention qui atteint 31,15 % ; les blancs ou nuls passent de 1,3 à 6,42 %.

Georges Pompidou avec 58,2 % des suffrages exprimés est élu Président de la République.

Le Général de Gaulle lui fait parvenir un message par le biais de son directeur de Cabinet, Xavier de la Chevalerie : « Pour toutes raisons nationales et personnelles, je vous adresse mes bien cordiales félicitations. »

Le Président Pompidou, élu, lui répond le 17 juin : « Votre message m’a infiniment touché et votre caution personnelle et nationale apportée à mon élection est pour moi plus précieuse que tout. »

 

Le 20 juin 1969, Georges Pompidou est investi Président de la République.

Il devient le second Président de la Ve République, après Charles de Gaulle et le 19e depuis 1848 et Louis-Napoléon Bonaparte

 

Le décès du Président Pompidou.

Le 2 avril 1974, un communiqué officiel précise que le Président Pompidou est décédé le 2 avril 1974, à 21 heures. Le président était âgé d’à peine 63 ans, étant né le 5 juillet 1911. Les médecins rédigent un communiqué évoquant précisément la maladie du Président mais Claude Pompidou s’y refuse. Ce n’est que bien plus tard que le nom de la maladie sera révélé. C’est la maladie de Waldenström.

Le jeudi 4 avril, dans l’église de Saint-Louis-en-l’Ile, se déroule une messe d’enterrement, dans l’intimité, pour les proches et la famille. Ceci était la volonté de Georges Pompidou dans son testament rédigé en 1972 au Fort de Brégançon ; l’inhumation se fait à Orvilliers. Claude Pompidou le 6 juillet 2007, suite à son décès le 3 juillet, aura la même messe dans cette église

Le samedi 6 avril, jour de deuil national, des obsèques nationales ont lieu à Notre Dame de Paris devant de très nombreux chefs d’Etat.

 

(Source : Les Trente Glorieuses de la Vème République : 1958-1988, par Gérard Petitpré, auteur de ce site.)