De l’influence des élections européennes sur la vie politique en France

  • Ière partie : une influence certaine avec les listes nationales : de 1979 à 1999 –

Cette influence dépend du choix de la circonscription, entre circonscription nationale ou circonscriptions interrégionales.

D’où une présentation en deux parties :

De 1979 à 1999, la circonscription est nationale et l’influence est certaine: lutte des chefs.

De 2004 à 2014, la circonscription est interrégionale et il s’agit d’une certaine influence.

Historique : les premières élections européennes ont lieu en 1979.  Il s’agit d’élire pour la première fois au suffrage universel direct les députés du Parlement européen.

En 1979, neuf  pays font partie de la Communauté économique européenne (CEE), instaurée en 1957 par le traité de Rome ; ce sont les six pays fondateurs : France, République Fédérale d’Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, et les trois pays ayant intégré au 1er

janvier 1973 la CEE : Grande-Bretagne, Irlande, Danemark.

En janvier 1976, le rapport Tindemans propose l’élection du Parlement au suffrage universel, dans la droite ligne du sommet européen de décembre 1974. Les socialistes prônent un scrutin proportionnel et l’UDR est divisée entre les partisans de l’élection, autour de Jacques

Chirac, et les opposants, autour de Michel Debré.

À l’automne 1976, les ministres des Affaires étrangères approuvent un acte qui fixe le nombre de députés européens par État membre et la période de l’élection : entre le 9 et le 12 juin 1979. Pour la France, c’est le dimanche 10 juin.

Le choix du mode de scrutin est de la compétence de chaque État. En juillet 1977 le Parlement français vote une loi qui précise que les élections se feront au scrutin de liste, proportionnel à un tour ; seules les listes ayant obtenu 5 % des suffrages exprimés peuvent prétendre à la répartition des sièges.

Le Président Giscard d’Estaing demande l’avis du Conseil constitutionnel pour savoir si cette élection est conforme à la Constitution. Le 30 décembre 1976, ce dernier, présidé par Roger Frey, la déclare conforme.

Les députés européens sont élus pour cinq ans, comme les députés à l’Assemblée nationale.

Les premières élections européennes de 1979 :

410 sièges sont à pourvoir au Parlement européen, dont 81 pour la France.

Contexte institutionnel : le Président Giscard d’Estaing, élu en 1974, nomme Jacques Chirac Premier ministre, lequel démissionne à l’été 76. Raymond Barre lui succède et les élections législatives de 1978, finalement gagnées par la droite, étaient sous la menace d’une cohabitation entre le Président Giscard d’Estaing et François Mitterrand, leader de la gauche.

Campagne électorale : ces élections européennes ont valeur de test après les législatives.

Début janvier 1979, les partis politiques français s’engagent dans les préparatifs de campagne. Tous seront présents, même les extrêmes.

Ces élections sont marquées par une « guéguerre » au sein des deux clans : gauche et droite.

À gauche, le PS et le PC sont divisés sur la question européenne et chacun constitue chacun sa propre liste. François Mitterrand, premier secrétaire, conduit celle du PS, allié aux Radicaux de gauche. Le 5 avril 1968, au nom de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, il avait déposé une proposition de loi demandant cette élection au suffrage universel direct. Georges Marchais, secrétaire général, conduit la liste du PCF. Pour lui l’enjeu de ses élections est d’arriver à une profonde transformation démocratique de la Communauté européenne : Europe des travailleurs, de la démocratie et de la paix. À Marseille le 15 mai 1979 il parle même « d’eurocommunisme » avec son homologue Italien Enrico Berlinguer, venu participer à son meeting.

À droite, la « guéguerre » est plus âpre.… Le 6 décembre 1978, Jacques Chirac, président du RPR, lance l’ appel dit de Cochin, hôpital où il est hospitalisé, suite à un accident de voiture en Corrèze, le 26 novembre 1978 : « Il est des heures graves dans l’histoire d’un peuple où sa sauvegarde tient toute dans sa capacité de discerner les menaces qu’on lui cache […] Tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l’inféodation de la France, on consent à l’idée de son abaissement […] Nous disons non. Non à la politique de supranationalité, non à l’asservissement économique, non à l’effacement international de la France. […] Nous voulons autant que d’autres que se fasse l’Europe. Mais une Europe européenne où la France conduise son destin de grande nation […] Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre, avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort. » Olivier Guichard et 23 députés RPR regrettent cette agressivité et les 11 membres RPR du Gouvernement apportent leur soutien au Premier ministre Barre. Alain Peyrefitte dénonce les « propos outranciers du président du RPR et les personnages occultes qui semblent s’être emparés de l’appareil de notre mouvement. » En clair, le duo Juillet- Garaud.

Jacques Chirac revient sur cet appel, lancé alors qu’il est hospitalisé et fatigué, et il déclare avoir fini par céder à la volonté de Marie-France Garaud et Pierre Juillet ; au lendemain des élections européennes, Jacques Chirac se sépare d’eux, en raison notamment de leur volonté de domination excessive. Fin des années Pompidou où le duo régnait et décidait. Charles Pasqua minimise l’influence des deux conseillers car selon lui Jacques Chirac avait approuvé cet appel et voulait créer l’irréparable avec Valéry Giscard d’Estaing. Le Président Giscard d’Estaing ne manque pas de s’interroger : « Mais ce parti de l’étranger, quel est-il ? Qui vise en réalité cette grave accusation ? […] Quelque idée que je me fasse de l’importance de ma fonction, je ne constitue pas un parti à moi tout seul, et Jacques Chirac aurait-il accepté d’être nommé Premier ministre par le Président du parti de l’étranger ? » (Le pouvoir et la vie). Le Président Giscard d’Estaing propose à Simone Veil de conduire la liste UDF-UFE (Union pour la France en Europe), que voulait conduire Jean Lecanuet. Par ailleurs le Président Giscard d’Estaing n’entend pas prendre part à la campagne et le confirme le 14 mai en Alsace : « Je n’interviendrai pas dans votre choix. »

Participation : ces premières élections européennes sont marquées par un fort taux d’abstention, de près de 40 % (39,29%) mais la Grande-Bretagne fait mieux avec 60 %. Les blancs et nuls représentent 5,22%.

Au soir du 10 juin 1979, la répartition des sièges est la suivante :

La liste Simone Veil : 27,39 % des voix et 25 sièges.

La liste François Mitterrand: 23,73 % des voix et 22 sièges.

La liste Georges Marchais: 20,59 % des voix et 19 sièges.

La liste de Jacques Chirac: 16,09 % des voix et 15 sièges.

Concrètement la gauche a 41 sièges et la droite 40 sièges.

Les petites listes totalisent 12 % mais aucune ne franchit les 5% donnant droit à des sièges : Solange Fernex (écologistes) : 4,38 %, Arlette Laguiller (LO) et Alain Krivine (LCR) : 3,08 %, Jean-Jacques Servan-Schreiber : 1,84 %, Philippe Malaud (Divers droite): 1,40 %, Jean-Louis Tixier-Vignancourt : 1,31 %. Deux listes ont moins de 1% : Jean-Edern Hallier et Huguette Bouchardeau (PSU).

Le 17 juillet 1979, Simone Veil est élue Présidente du Parlement européen, à majorité de droite ; elle sera présidente pour 2 ans et demi, car il est créé une tradition : il y aura deux présidents pour chaque législature européenne de 5 ans.

C’est la seule tête de liste à siéger au Parlement européen, Jacques Chirac, Georges Marchais et François Mitterrand se désistant.

Commentaire politique : ces élections confirment la prédominance du PS sur le PCF, comme aux législatives de 1978, où pour la première fois dans une élection au niveau national, le PS avait devancé le PS. Pour Jacques Chirac, c’est un coup dur car pour la première fois il connaît la défaite ; certains doutent de lui, sauf lui, qui entend poursuivre son action.

Les secondes élections européennes du 17 juin 1984 :

Le Parlement européen  comporte désormais 434 membres, suite à l’entrée de la Grèce au 1er janvier 1981. Comme en 1979, la France dispose de 81 sièges et le scrutin reste le scrutin proportionnel. Les députés européens sont élus pour cinq ans.

Contexte institutionnel : François Mitterrand gagne la présidentielle de 1981 face au Président sortant, Valéry Giscard d’Estaing. Il nomme Pierre Mauroy Premier ministre, mais après un « état de grâce », la gauche perd les municipales de 1983. Un temps menacé, Pierre Mauroy est confirmé et il forme un Gouvernement Mauroy III, qui adopte un plan de rigueur.

Campagne électorale : Lionel Jospin, qui a succédé à François Mitterrand à la tête du PS, conduit la liste commune PS – Radicaux de gauche. Georges Marchais, secrétaire du PCF, conduit naturellement la liste de son parti. Une liste de centre gauche est conduite par le MRG François Doubin, associé à Brice Lalonde et Olivier Stirn. Simone Veil conduit une liste RPR et UDF « Union de l’opposition pour l’Europe et la défense des libertés ». Jean-Marie Le Pen, conduit la liste du Front national.

Participation : force est de constater que l’abstention est forte, 43,27 %, et qu’elle est supérieure à celle des élections de 1979 (40 %). Les blancs et nuls sont de 3,53%.

Résultats :

Le PS obtient 21 % des voix et 20 sièges.

Le PC s’effondre à 11 % (20,52 % en 1979) et 10 sièges (au lieu de 19 en 1979).

La liste RPR-UDF enregistre un score de 43 %, devance la gauche et compte 41 députés européens contre 40 à la gauche (inverse de 1979).

Jean-Marie Le Pen, fait une percée spectaculaire avec 11% des suffrages et 10 sièges, autant que le PC ; ils seront de nouveau à égalité aux législatives de 1986 : chacun 35 députés.

Les 10 autres listes, n’ayant pas atteint 5% des suffrages exprimés, n’ont pas de députés européens.

À noter que 17 femmes entrent au Parlement européen.

Le Français Pierre Pflimlin devient Président du Parlement européen pour 2 ans et demi, tradition mise en place en 1979.

Les troisièmes élections européennes du 15 juin 1989 :

Le premier janvier 1986, l’Espagne et le Portugal ont rejoint la Communauté européenne qui compte désormais 12 membres.  Le Parlement européen comporte 518 membres, dont 81 pour la France, même chiffre depuis 1979.

Contexte institutionnel : après deux ans de cohabitation avec Jacques Chirac, François Mitterrand est réélu en 1988. Il nomme Michel Rocard Premier ministre, pour « lever l’hypothèque Rocard ». Lequel n’obtient qu’une majorité relative aux législatives qui suivent la dissolution de l’Assemblée nationale. Il gouvernera à coups de 49.3 (28 en 3 ans).

Campagne électorale : Valéry Giscard d’Estaing, soutenu par Jacques Chirac, conduit la liste commune RPR-UDF, avec Alain Juppé en seconde position ; ceci était préconisé par Édouard Balladur et contesté par Charles Pasqua. Simone Veil, qui fut la première présidente du Parlement européen en 1979, conduit une liste dissidente. Laurent Fabius, Président de l’Assemblée nationale, conduit la liste du PS et non Pierre Mauroy, son premier secrétaire.

Philippe Herzog conduit la liste du PCF. Antoine Waechter, qui fut candidat à la présidentielle de 1988, conduit la liste des Verts. Jean-Marie Le Pen conduit la liste du FN.

Participation : reste inférieure à la très forte abstention de plus de 51 % (51,20%) sur les 38 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales. Les blancs et nuls s’élèvent à 2,89%.

Résultats :

Les listes qui obtiennent des sièges sont les suivantes :

Liste Valéry Giscard d’Estaing : 28,88 % des voix et 26 sièges.

Liste Laurent Fabius : 23,61 % des voix et 22 sièges.

Liste Jean-Marie Le Pen : 11,73 % des voix et 10 sièges.

Liste Antoine Waechter : 10,59 % des voix et 9 sièges.

Liste Simone Veil : 8,43 % des voix et 7 sièges.

Liste Philippe Herzog : 7,72 % et 7 sièges.

Quatre listes ont entre 5% et 1% et cinq autres listes n’atteignent pas 1%.

Dix-neuf femmes entrent au Parlement européen qui sera présidé par Enrique Baron Crespo, socialiste espagnol, pour un mandat de deux ans et demi, pratique depuis 1979.

Commentaire politique : Valéry Giscard d’Estaing a gagné son pari d’un retour en politique. Mais il démissionne de son mandat de député, acquis en 1984 : non cumul de mandat oblige.

Les quatrièmes élections européennes du 12 juin 1994 :

Il s’agit d’élire en France 87 députés pour le Parlement Européen fort de 567 membres représentant les 12 États, dont le nombre n’a pas changé.

Contexte institutionnel : le Président Mitterrand, terriblement affaibli par son cancer de la prostate, termine son second mandat en cohabitation avec Édouard Balladur, après la large victoire de la droite aux législatives de 1993. Le 1er mai, l’ancien Premier ministre Bérégovoy s’est suicidé.

La campagne électorale : Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac se sont mis d’accord pour choisir Dominique Baudis comme tête de liste de la majorité. Philippe de Villiers et sa liste « Pour une autre Europe » réussit à attirer à lui le milliardaire Jimmy Goldsmith, le juge Thierry Henry et même le petit-fils du Général de Gaulle. Jean-Marie Le Pen conduit la liste du Front national, “Contre l’Europe de Maastricht, Allez la France”. Les communistes sont conduits par Francis Wurst, député  européen depuis 1979. Michel Rocard, premier secrétaire du PS depuis les législatives de 1993, est chargé de conduire la liste pour le PS. Bernard Tapie mène une liste « Énergie radicale ».Les écologistes sont divisés entre la liste Les Verts, conduite par Marie-Anne Isler Béguin et la liste de Brice Lalonde, pour Génération écologie ; face à eux la liste Chasse Pêche Nature et Tradition, conduite par André Goustat. Au total, 20 listes sont en présence.

Participation : est en progrès et avec 52,76% dépasse l’abstention : 47,24 %. Les bulletins blancs ou nuls représentent 5,33 %.

Résultats :

La liste Baudis obtient 25,6 % des suffrages et 28 sièges

La liste Rocard obtient 14,49 % des suffrages et 15 sièges

La liste Tapie obtient 12,34 % des voix et 13 sièges

La liste de Villiers obtient 12,03 % et 13 sièges

La liste Le Pen obtient 10, 52 % et 11 sièges

La liste Wurst n’obtient que 6,89 % et 7 sièges

26 femmes sont élues, soit 30 % des 87 sièges pour la France.

Six listes n’ont pas de siège, car leur score est inférieur à 5% des suffrages exprimés, et les huit autres listes ont obtenu moins de 1 % des suffrages.

Commentaire politique : ces élections européennes vont avoir un impact sur la vie politique à gauche. En mai 1994, après les cantonales de mars, Michel Rocard, dans Le Monde, affiche sa  sérénité pour la présidentielle de 1995 pour laquelleil veut être le candidat des socialistes. Le 12 juin 1994, le score du PS aux européennes le met en minorité au Conseil national du PS ; il doit démissionner et Henri Emmanuelli, soutenu par Laurent Fabius, devient premier secrétaire le 19 juin 1994. L’éviction de Michel Rocard rend plausible une candidature Delors pour la présidentielle de 2015. Laurent Fabius avait aussi invectivé Bernard Tapie : « L’ex milliardaire médiatique est apparu comme le représentant “authentique” de la gauche. » Gauche caviar quand tu nous tiens….

Les cinquièmes élections européennes du 13 juin 1999 :

Depuis 1995, Autriche, Finlande et Suède, ont intégré l’Union européenne qui compte désormais 15 membres. Le Parlement européen compte 626 membres dont 87 pour la France. Les élections ont lieu entre le 10 et le 13 juin 1999 et le jour de scrutin pour la France est le 13 juin.

Contexte institutionnel :le Président Chirac, élu en 1995, nomme Alain Juppé Premier ministre et il dissout l’Assemblée nationale en avril 1997. Les législatives sont gagnées par la gauche plurielle et le Président Chirac nomme Lionel Jospin au poste de Premier ministre.

Campagne électorale : ces élections suivent les élections régionales de 1998, qui ont vu la gauche avec 36,8 % devancer la droite avec 36,4 %, mais avec un FN à 15 % ; la gauche conserve Nord et Limousin et gagne 6 régions. Vingt listes sont de nouveau en présence.

François Hollande et Nicolas Sarkozy s’affrontent par listes interposées.

Participation : avec 47% de votants, sur un peu plus de 40 millions d’inscrits sur les listes électorales, repasse en dessous de l’abstention : 53 %. Il y a près de 6 % de bulletins blancs ou nuls.

Résultats :

La liste Hollande avec 22 % obtient 22 sièges.

La liste Pasqua avec un peu plus de 13 % obtient 13 sièges.

La liste Sarkozy avec un peu moins de 13 %, obtient 12 sièges.

La liste Cohn-Bendit avec un peu moins de 10 % obtient 9 sièges.

La liste Bayrou avec un peu plus de 9 % obtient 9 sièges.

Les listes Hue et Saint-Josse, avec le même score, près de 6,5 %, obtiennent 6 sièges chacune.

La liste Le Pen avec un peu plus de 5,5 % obtient 5 sièges.

La liste Laguiller avec un peu plus de 5 % obtient 5 sièges.

Les onze autres listes, n’ayant pas franchi la barre des 5% n’obtiennent pas de sièges.

Il convient de noter que sur 87 députés européens, 35 sont des femmes : nous approchons de la parité.

Nicole Fontaine, seconde de la liste Bayrou, devient présidente du Parlement européen.

Commentaire politique : dans Libre, Nicolas Sarkozy écrit : « 13 juin 1999. Je ne suis pas prêt d’oublier cette date. Pas plus que chaque instant de cette soirée électorale. J’avais imaginé un meilleur dénouement à ma campagne nationale. Il me fallait cependant boire jusqu’au bout le calice de cette épopée électorale que je n’ai pas voulue. J’y étais rentré malgré moi, au gré des circonstances électorales créées par la démission de Philippe Séguin de la présidence du RPR. Depuis une semaine, les sondages donnaient la liste que je conduisais à la baisse. Restait à savoir si elle serait massive ou légère. Je ne serai pas déçu. »

  • IIème partie : une certaine influence avec les circonscriptions  interrégionales : 1999-2014

Les conséquences politiques seront moindres car il n’y a plus de leader de partis qui s’affrontent par listes interposées. Maintenant l’important est de savoir quel parti arrive en tête.

Les  sixièmes élections européennes des  12 et 13 juin 2004 :

Le 1er mai 2004, Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, République Tchèque, Pologne, Slovaquie et Slovénie ont intégré l’Union européenne qui compte désormais 25 membres. Le Parlement européen compte désormais 732 membres, contre 626 en 1999, dont 78 pour la France.

Les élections ont lieu du 10 au 13 juin 2004, à des dates différentes selon les 25 États membres et les résultats sont proclamés le 14 juin 2004 ; en France les élections ont lieu le 12 juin (Outre-mer) et le 13 juin (Métropole).

Changement du mode de scrutin : la France désigne ses 78 députés européens, et pour la première fois, au sein de 8 Circonscriptions interrégionales : Nord-Ouest (12 sièges), Ouest (10 sièges), Est (10 sièges), Massif Central/Centre (6 sièges), Sud-Ouest (10 sièges), Sud-Est (13 sièges), Ile-de-France (14 sièges), Outre-Mer (3 sièges).

Contexte institutionnel : Jacques Chirac a été réélu Président en 2002 face à Jean-Marie Le Pen. Jean-Pierre Raffarin est nommé Premier ministre et il conduit les législatives de juin, qui suivent la présidentielle désormais.  Mais après les résultats des régionales de 2004, c’est le maintien du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui est remis en cause. Ces élections sont marquées par une déroute de la droite et une victoire de la gauche qui emporte la victoire dans 24 régions sur 26. Seules Alsace et Corse restent à droite. La Gauche obtient 39 % des voix et la droite 33 %. Le Premier ministre Raffarin remet sa démission au Président Chirac qui le reconduit dans ses fonctions.

Participation : il y a environ 41,5 millions d’inscrits sur les listes électorales mais l’abstention atteint 57,24 % (plus 4 points par rapport à 1999) et il y a 3,3 % de bulletins blancs ou nuls : les suffrages exprimés s’élèvent à un peu plus de 17 millions.

Résultats :

Parti socialiste : 28,9 % et 31 sièges

Union pour un mouvement populaire : 16,6 % et 17 sièges

Union pour la démocratie française : 12 % et 11 sièges

Front national : 9,8 % et 7 sièges

Les Verts : 7,4 % et 6 sièges

Mouvement pour la France : 6,7 % et 3 sièges

Parti communiste français : 5,2 % et 3 sièges

Commentaire politique : le Parti Socialiste conforte aux élections européennes sa victoire aux régionales deux mois plus tôt. La majorité subit une seconde défaite et le départ du Premier ministre aurait été, de nouveau,  un moment envisagé. Ceci viendra en 2005 après l’échec du référendum en 2005.

Quelques noms de députés européens sont à citer :

PCF : Francis Wurtz (PCF), Paul Vergès (PCR)

PS : Harlem Désir, Benoît Hamon, Stéphane Le Foll, Pierre Moscovici, Michel Rocard, Vincent Peillon

Les Verts : Jean-Luc Bennahmias, Alain Lipietz

UMP : Roselyne Bachelot, Brice Hortefeux, Nicole Fontaine, Alain Lamasourre, Jacques Toubon,

UDF : Jean-Marie Cavada, Marielle de Sarnez

MPF : Philippe de Villiers

FN : Bruno Gollnisch, Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen

Les septièmes élections européennes du 7 juin 2009

L’Union européenne compte désormais 27 États, depuis l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007. Il y a 500 millions d’habitants et 388 millions d’électeurs.

Les élections ont lieu du 4 au 7 juin 2009 dans les 27 États pour désigner 736 députés européens et le scrutin est proportionnel.

Les élections ont lieu en France les 6 (Outre-mer) et 7 juin (Métropole) pour désigner 72 députés. Les députés européens Français étaient 81 en 1979 et ne sont plus que 72 en 2009. En 1979 la France avait près de 20 % des sièges, elle en a moins de 10 % en 2009.

Une nouvelle répartition des sièges : les circonscriptions sont interrégionales et la répartition nouvelle, compte tenu de la diminution des sièges, s’est faite sur la base du recensement : Nord-Ouest (10), Ouest (9), Est (9), Massif-Central Centre (5), Sud-Ouest (10), Sud-Est (13), Ile-de-France (13), et l’Outre-mer (3) est divisé en trois sections : Atlantique, Pacifique,Océan Indien.

Contexte politique : Nicolas Sarkozy est élu Président en mai 2007 face à Ségolène Royal et il nomme François Fillon Premier ministre. Il le restera pendant tout son quinquennat. Il remporte les législatives qui suivent la présidentielle. En 2008 a eu lieu la plus importante révision constitutionnelle, adoptée par le Congrès à une voix de majorité. Comme le fut la condamnation de Louis XVI en 1793 ou l’instauration constitutionnelle du Président de la République en 1875. 

Participation : sur 44 millions d’inscrits, la participation est faible, 40,63 %. C’est la plus faible depuis 1979. Les bulletins blancs ou nuls représentent 4,3 %.

La répartition des sièges est la suivante :

Majorité présidentielle : 27,88 % et 29 sièges

Parti socialiste : 16,48 % et 14 sièges

Europe écologie les Verts : 16,28 % et 14 sièges

MoDem: 8,46 % et 6 sièges

Front de gauche : 6,47 % et 4 sièges

Front national : 6,34 % et 3 sièges

Libertas (MPF- CNPT) : 4,80% et 1 siège

Alliance Outre-Mer : 1 siège

Commentaire politique : le succès est pour la Majorité présidentielle (Plus 11 points et 12 sièges), Europe écologie – Les Verts (plus 9 points et 8 sièges), Front de gauche (plus 1 point et 2 sièges). Le PS s’effondre et perd 12 % et 17 sièges ; la claque est sévère pour la première secrétaire du parti, Martine Aubry, dont l’élection en 2008 avait été très contestée par Ségolène Royal. Le MoDem a perdu plus de 3 points et 5 sièges, arrive en quatrième position, sous la barre des 10 % et François Bayrou en sort affaibli et isolé. Les deux Front : de gauche et national  sont presque à égalité en voix. Libertas, (Mouvement pour la France/Chasse, pêche, nature et tradition) obtient un siège.

Parmi les élus, nous pouvons citer :

Europe écologie : Daniel Cohn-Bendit, José Bové, Eva Joly, Pascal Canfin.

Front de gauche : Jean-Luc Mélenchon.

Front national : Bruno Gollnisch, Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen.

Libertas : Philippe de Villiers.

Mouvement démocrate : Jean-Luc Bennahmias, Marielle de Sarnez, Corinne Lepage.

Parti socialiste : Harlem Désir, Stéphane Le Foll, Vincent Peillon, Catherine Trautmann.

Majorité présidentielle : Sophie Auconie, Michel Barnier, Jean-Marie Cavada, Brice Hortefeux, Dominique Baudis, Rachida Dati, Alain Lamassoure.

Les huitièmes élections européennes des 24 et 25 mai 2014 :

Depuis les européennes de 2009, un nouvel état, la Croatie a intégré, le 1er juillet 2013, l’Union européenne, forte de 28 membres maintenant : Allemagne, Autriche, Belgique, la Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie et Suède.

L’Union européenne couvre une superficie de 4 285 000 km2, compte 503,7 millions d’habitants et 380 millions d’électeurs.

Les élections européennes de 2014 ont lieu entre le 22 et le 25 mai selon les pays membres, et les 24 et 25 mai 2014 pour la France. Les électeurs de Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint- Martin, Saint-Barthélemy, des départements des Antilles et de la Guyane, ainsi que les électeurs convoqués dans les bureaux de vote ouverts par les ambassades et les postes consulaires situés sur le continent américain, sont appelés à voter le samedi 24 mai. C’est le dimanche 25 mai pour la métropole.

Le Parlement européen compte 751 représentants. Son siège est à Strasbourg.

Le traité de Lisbonne, ratifié en novembre 2009, prévoit 74 députés pour la France. ils étaient 81 en 1979, 87 en 1999, 72 en 2009.

Depuis 2004, le cadre n’est plus la circonscription nationale, mais huit circonscriptions interrégionales :

Nord-Ouest : 10 sièges et 22 listes.

Ouest : 9 sièges et 25 listes.

Est : 9 sièges et 23 listes.

Massif Central/Centre : 5 sièges et 25 listes.

Sud-Ouest : 10 sièges et 25 listes.

Sud-Est : 13 sièges et 23 listes.

Ile de France : 15 (soit plus deux par rapport à 2009) et 31 listes.

Outre-mer : 3 sièges et 19 listes.

Rappelons que le vote est obligatoire en Belgique, à Chypre, en Grèce et au Luxembourg.

Depuis la loi du 21 février 2014 visant à reconnaître le vote blanc aux élections, les bulletins blancs sont décomptés séparément des votes nuls ; mais ils ne seront pas pris en compte dans le nombre des suffrages exprimés.

Par ailleurs pout prétendre au remboursement des dépenses de la campagne, le seuil est passé de 5 à 3 %.

La nouveauté de ces élections est que dorénavant, les 751 députés européens éliront le président de la Commission, véritable exécutif de l’Union européenne.

Contexte institutionnel : à la présidentielle, François Hollande devance Nicolas Sarkozy, Président sortant. Il nomme Jean-Marc Ayrault au poste de premier ministre, qui doit démissionner le 31 mars 2014, après la débâcle de la gauche aux élections municipales de mars. Manuel Valls lui succède et il mène la bataille des européennes.

Participation : sur 46,5 millions d’inscrits sur les listes électorales, la participation est de 42,43%. L’abstention est de 57, 57%, les blancs de 1,77% et les nuls de 0,53%. Au total, les suffrages exprimés sont de 40,73%.

Résultats :

Front national-Rassemblement bleu marine : 24,86% et 24 sièges

UMP : 20,81% et 20 sièges

PS et Radicaux de gauche : 13,98% et 13 sièges

UDI-Modem : 8, 95% et 6 sièges

EELV : 8,05% et 6 sièges

Front de Gauche : 6,61% et 4 sièges

Commentaire politique : pour la première fois le parti de Marine Le Pen arrive en tête dans des élections. Les régionales de décembre 2015 s’annoncent à haut risque dans certaines régions. Sauf si…

Sources : Mes deux ouvrages d’histoire sur la Vème République : Les Trente Glorieuses (1958-1988),  Les Années Folles (1988-2014).